Célébrer les étapes intermédiaires

Philemon Moser est vêtu d'un T-Shirt noir «Invisible Children», sans rapport direct avec son travail à Ostermundigen. Il le porte par respect pour une organisation chrétienne qui prend soin de déracinés, d'anciens enfants soldats en Ouganda. Les responsables de cette organisation n'ont pas abandonné, malgré un attentat terroriste qui a fait plusieurs morts parmi les collaborateurs et les personnes aidées, durant la récente Coupe du monde de football.

Des voisins proches et pourtant si lointains

Les clients de Philemon Moser sont aussi des déracinés. Venus du Sri Lanka, de Turquie, de Somalie, d'Afrique noire, du Kosovo, de... de... Ils habitent tout près et sont pourtant tellement étrangers aux Suisses.
La plupart d'entre eux viennent le mardi matin. Une équipe de l'église Vineyard distribue gratuitement de la nourriture, de la vaisselle et des vêtements. En 20 ans de travail social et diaconal, l'église Vineyard de Berne a acquis une bonne réputation. Elle héberge et accompagne aussi une église de migrants d'Afrique devenue entretemps une église francophone pratiquement autonome. Une communauté anglophone s'y est ajoutée, intégrée au programme et dans les cultes de l'église.  Des membres des deux églises viennent à Ostermundigen, comme bénévoles ou comme clients. D'autres migrants viennent bénéficier des marchandises et des services proposés ou pour les offrir eux-mêmes. Aujourd'hui, nous avons eu une centaine de personnes, précise Philemon Moser durant l'interview.
Il s'oppose à toute distinction artificielle entre travail d'église et activité sociale de Vineyard à Berne. Pour lui, ils sont la manifestation de la vie d'une église chrétienne. «Nous voulons être ensemble disciples du Christ, mener une vie cohérente qui soit transparente pour nos voisins et ceux du dehors.» On ne peut pas séparer le mandat social du mandat prophétique.

Ils aimeraient partager

De nouvelles perspectives se sont présentées quand une femme musulmane a offert son aide. Philemon Moser a discerné que DaN ("Au service du prochain") ne devait plus fonctionner à sens unique. Quelques-uns des bénéficiaires de DaN aimeraient donner quelque chose à leur tour. Une immigrante musulmane a proposé d'aider bénévolement à faire les repas pour l'équipe de service. D'autres apportent de la marchandise à donner aux nécessiteux. On peut maintenant donner et recevoir.
«Mais il ne s'agit pas de déléguer ce mandat à notre groupe», souligne P. Moser, «cela doit continuer à faire partie de la vie de Vineyard Berne». Des volontaires de trois autres églises des environs, qui n'ont pas de service comparable, collaborent à cette tâche.

Les besoins intérieurs

DaN ne veut pas donner seulement des biens matériels aux personnes venues du sud, mais leur offrir aussi une assistance et des impulsions pour croire et agir conformément aux principes chrétiens. A cet effet, chaque visite du choix des marchandises proposées commence par une rencontre autour d'un thé ou d'un café. La discussion s'engage avec des personnes de n'importe quel arrière-plan culturel ou religieux. On s'intéresse à elles et on les informe comment les chrétiens font face aux problèmes concrets de la vie et aux questions concernant Dieu et le monde. Il y a dans l'équipe des gens qui parlent le persan ou l'arabe. «Nous n'exerçons aucune pression pour la conversion, mais nous disons parfois comment les chrétiens réagissent aux offenses des autres par le pardon.» Les migrants en retirent une nouvelle perception, comme une sorte de passerelle vers la foi. Il y a parmi eux beaucoup de «musulmans culturels», au même titre que les «chrétiens culturels» de chez nous, précise P. Moser.

Pas à pas...

Pour les visiteurs ouverts au dialogue avec les bénévoles de DaN et qui s'intéressent à notre culture et à la foi chrétienne, le chemin est long. On les accompagne pas à pas. Si quelqu'un décide de pardonner la mauvaise action d'une autre personne, c'est une étape importante, souligne le responsable. Quand une telle décision est connue, toute l'équipe la célèbre avec l'intéressé. Certains rituels se sont mis en place à cet effet.
Pour beaucoup, le service au prochain commence à l'atelier de couture qui offre une activité satisfaisante, ou dans les différents cours d'alphabétisation ou de langue. Les mamans y sont en majorité et leurs enfants suivent un programme adapté, comprenant aussi des histoires de la Bible.


Pas de soutien étatique

DaN a renoncé à s'enregistrer comme oeuvre d'entraide auprès des autorités, et donc aux subventions. Les responsables veulent rester libres de faire de la relation d'aide et de parler des questions de foi et de vie avec les personnes. Ils aimeraient parler de la Bible aux musulmans qui s'y intéressent et leur expliquer comment les chrétiens se comportent. Pour P. Moser, cette liberté a plus de valeur que les subventions.
«Nous n'avons étonnamment aucune peine à recruter des bénévoles». C'est surprenant, car pour travailler ici, il faut mettre le paquet, avoir du tact dans les discussions et savoir gérer les surprises – et parfois même le surmenage. Mais l'ambiance pendant le déjeuner du mardi, après le temps de discussion et de partage des travaux, prouve que les bénévoles retirent des satisfactions de leur engagement. «Il peut arriver que des personnes s'investissent trop et se défassent de tout ce qu'elles peuvent, pour constater ensuite que la misère du monde n'a pas diminué», précise le responsable de DaN. Les collaborateurs ont parfois eux aussi besoin qu'on prenne soin d'eux du point de vue spirituel.


Un échec pour commencer

Avant ses débuts dans DaN, Philemon Moser a vécu un échec personnel en essayant de fonder une église Vineyard à Bienne. Cette expérience douloureuse l'a amené à écouter Dieu plus sérieusement et à rechercher sa volonté. Au même moment, il a commencé à s'intéresser aux gens de son entourage, en assumant une tutelle, en aidant des personnes âgées à remplir leur déclaration d'impôt et des étrangers pour les démarches administratives. De fil en aiguille, il s'est engagé dans le travail à Ostermundigen... Philemon Moser est tout feu tout flamme, car il a visiblement trouvé sa vocation dans la «grande maison» de Vineyard à Berne.

Source: Chrischona-Panorama 3/2011

 Artikel: DaN - Dienst am Nächsten

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